Des marais problématiques : Mythe ou réalité ?

Depuis le printemps 2007, plus précisément avec le dépôt d’un mémoire sur l’état de dégradation du lac Saint-Charles par le Comité des riverains du lac Saint-Charles, nous avons entendu à plusieurs reprises «qu’on devrait faire quelque chose pour régler le problème des marais du lac Saint-Charles». Dans un article paru récemment sur le site Internet du journal Le Jacques-Cartier, encore une fois on mentionne « le problème des marais ».

Rappelons que le Comité des riverains du lac Saint-Charles avait affirmé dans son mémoire que l’impact du marais au nord du lac était davantage néfaste que bénéfique pour la qualité de l’eau du lac. Cependant, le Conseil régional de l’environnement de la Capitale nationale, le Conseil de bassin de la rivière Saint-Charles et l’APEL s’unissent par la suite pour rétablir les faits en émettant un communiqué, dont voici un extrait :

« Loin d’être une nuisance, les Marais du Nord amènent des bénéfices sur la
qualité de l’eau et le milieu qui dépassent largement les inconvénients qui
pourraient être observés. Rappelons qu’un marais est une usine d’épuration des
eaux naturelles. De plus, un marais a un rôle de régulateur lors de crues,
c’est-à-dire qu’il retient l’eau et la libère graduellement en période de
sécheresse. En effet, l’eau qui arrive du haut bassin versant par la rivière des
Hurons et la décharge du lac Delage est d’abord filtrée naturellement par les
Marais du Nord avant de s’écouler dans le lac. Le marais retient les sédiments
et le phosphore, prélève l’azote et diminue le nombre de bactéries pathogènes
dans l’eau. Le rôle des plantes aquatiques et du marais est donc primordial pour
maintenir la qualité de l’eau du lac. »

Malgré ces explications, toutes validées scientifiquement, plusieurs persistent à croire que les marais font partie du problème.

Il est vrai que les plantes aquatiques, lorsqu’elles se décomposent produisent de la biomasse et apportent du phosphore. Il est aussi vrai que lors de la construction du barrage, le rehaussement du niveau du lac a inondé des terrains, créé d’importantes quantités de matières en décomposition et d’apports en phosphore… Mais, maintenant presque soixante ans plus tard, l’équilibre est rétabli et le marais joue à nouveau son rôle d’épurateur. Ainsi, on doit se pencher davantage sur les sources de phosphore provenant des activités humaines comme cause de dégradation du lac.

Par ailleurs, une revue de littérature réalisée par J. Fisher and M.C. Acreman du Center for Ecology and Hydrology de Wallingford en Angleterre, mentionne que sur 49 milieux humides étudiés, l’eau contenait moins de phosphore après son passage dans un marais dans une proportion de 8,4 fois sur 10. Nous allons d’ailleurs faire des tests afin de vérifier les données de phosphore pour les marais du lac Saint-Charles dans l’Étude limnologique du haut-bassin versant de la rivière Saint-Charles.

En maintenant le mythe que « les marais polluent le lac », nous en concluons que certains riverains acceptent difficilement leur part de responsabilité dans la dégradation du lac et ont cherché d’autres cibles, d’autres coupables. Quoiqu’ils soient loin d’être les seuls responsables, les riverains devront cependant faire partie de la solution. Pour eux, comme pour plusieurs, beaucoup de travail reste à faire. Dans ce sens, le Plan d’intervention pour la protection du lac Saint-Charles des villes de Québec, Stoneham et Lac-Delage, ainsi que de l’APEL et du Conseil de bassin de la rivière Saint-Charles s’attaque à douze problématiques en privilégiant trente-cinq actions. Les marais du Nord ne font cependant pas partie des problématiques identifiées. Le plan de lutte révisé sera bientôt disponible sur le site Internet de l’APEL.

C’est un travail qui prendra de nombreuses années et qui mobilisera beaucoup d’énergies, mais la santé de notre lac en dépend!