La fermeture des fossés de rue dans le secteur des Eaux-Fraiches

Depuis des années, les fossés de ce secteur du lac Saint-Charles causent des problèmes. La raison : ce développement résidentiel a été implanté sur un sol non propice au développement, la nappe phréatique étant trop proche du sol. Ainsi, l’eau reste dans les fossés et ne percole pas… de toute évidence, les fossés sont à la hauteur de la nappe ! D’où le nom du secteur : des Eaux Fraiches !

Dans un récent article du journal l’Actuel, on nous apprend que des citoyens souhaitent que l’on canalise ces fossés en raison d’une infestation par les rats musqués. Par contre, ce projet n’est pas dans les intentions de la Ville de Québec, n’étant pas inscrit au Plan triennal d’immobilisation pour les trois prochaines années. De plus, on nous apprend qu’un moratoire sur la fermeture des fossés est actuellement en vigueur sur le territoire de la Ville de Québec.

Laissez-nous expliquer la raison de ce moratoire. On s’est rendu compte qu’un fossé est essentiel pour l’infiltration de l’eau dans le sol et pour ralentir la course de l’eau vers les rivières. Plus on envoi l’eau de pluie dans les tuyaux, plus vite l’eau arrivera dans la rivière, plus vite la rivière débordera, et plus vite on aura des inondations! Rappelons le cas de la rivière Lorette, où l’imperméabilisation des sols est en grande partie la cause des inondations.

De plus, les fossés ont une valeur écologique. Partout en Europe et aux États- Unis, on ouvre les fossés parce qu’on a compris qu’ils jouent un rôle essentiel dans les processus d’épuration des eaux et d’infiltration dans le sol ! Entre autre, le projet SEA Street de la ville de Seattle, où on a aménagés des fossés ressemblant à de magnifiques rocailles, démontre qu’un fossé peut être à la fois beau et sécuritaire tout en permettant l’infiltration et l’épuration des eaux.

Il est normal que les rats musqués s’implantent dans des fossés profonds où l’eau est présente en permanence. Et les rats musqués, ils sont partout ! On n’a qu’à regarder le long de l’autoroute de la Capitale, dans la bretelle Pierre-Bertrand, on peut voir des huttes de rats musqués… Ce qui est moins normal, par contre, c’est d’offrir ce genre d’habitat dans un quartier résidentiel. On a permis à un promoteur de développer dans cette zone, maintenant le prix à payer est de trouver des solutions pour rendre ces fossés sécuritaires sans hypothéquer nos rivières. Ces rivières sont déjà trop sollicitées par les eaux pluviales que l’on souhaite se débarrasser au plus vite de notre toit, notre cours, notre rue.

Peut-être que la fermeture de fossés constitue une solution sécuritaire pour les résidants de ce quartier, mais elle n’est franchement pas sécuritaire pour les résidants vivant le long de la rivière qui débordera de plus en plus souvent à force d’imperméabiliser les sols de son bassin versant !

De plus, lors de fortes précipitations, les eaux usées se retrouvent souvent à la rivière parce que le réseau d’égouts municipal devient vite saturé. Plus on va diriger les eaux pluviales dans les tuyaux, plus les eaux usées se retrouveront dans la rivière, et ce, en amont de la prise d’eau de 250 000 personnes !

Alors, collectivement, il est grand temps de réfléchir à des techniques alternatives de drainage urbain…afin de réussir une véritable gestion intégrée par bassin versant !

Mélanie Deslongchamps
Directrice générale
APEL