Sur les traces des Amérindiens d’autrefois

Sur les traces des Amérindiens d’autrefois
Les rives du lac Saint-Charles recèlent des vestiges insoupçonnés

par Luc Fournier , Québec Hebdo

Aux abords du lac Saint-Charles, les Amérindiens établissent des camps. Jacques Cartier n’est pas encore arrivé, et les peuples, plutôt nomades, s’établissent ci et là. À leur départ, on laisse foyers, pointes de flèches et autres outils. C’est ce que quatre étudiants en archéologie sont à déterrer, ces jours-ci, dans les sentiers des Marais du Nord.

Le chargé de cours à l’Université Laval Michel Plourde, ainsi que quatre étudiants, ont investit un petit territoire de 50 mètres carrés près du lac Saint-Charles, dans la portion nord. Après avoir fait des études de potentiel en observant les cartes de l’endroit, l’archéologue s’est mis à chercher un endroit propice pour camper.Sans vouloir lui-même ériger une tente, il a tenté de deviner où on aurait pu être tenté de le faire il y a quelques centaines d’années : il fallait trouver un endroit plat et bien drainé. Après des recherches sommaires dans le secteur, où de petits vestiges d’une activité humaine passée ont été trouvés, les étudiants se sont installés pour des fouilles qui se termineront le 7 août.Sur le site, on a pu trouver deux foyers. Les roches enfouies à une quinzaine de centimètres sont disposées en rond et ont été rougies par la chaleur du feu. Aux alentours, on a aussi pu trouver des pierres taillées en pointes de flèches, en petits grattoirs, et en couteau.À l’époque, les outils étaient aussi faits d’os, mais ceux-ci se sont désagrégés avec le temps. Seuls les ossements qui ont été brûlés ont été conservés. Les Amérindiens brûlaient les os après avoir mangé la viande pour éviter que les restants de viande attirent la vermine. Ces os proviennent surtout d’orignaux, de loutres de castors, de poissons, de tortues et de huards, une bonne indication du régime alimentaire des Amérindiens de l’époque.Les étudiants en archéologie, tous au baccalauréat à l’Université Laval, ont aussi trouvé des pierres venant vraisemblablement de Mistassini ou des Appalaches, des pierres qui auraient fait l’objet d’échanges entre peuples et qui sont plus adaptées à être taillées que celles que l’on retrouve dans le secteur fouillé. Des pièces de poterie ont d’ailleurs été découvertes. Il faut savoir que les Amérindiens se servaient de poteries bien avant l’arrivée des Européens en Nouvelle-France. Cela fait plus de 3000 ans, suggère Michel Plourde.

Un âge incertain
Certains fragments trouvés l’an passé sur le même site ont fait l’objet d’un test de datation au carbone 14. Le test a révélé que ces vestiges dataient de 1720, un résultat trop récent aux yeux de l’archéologue. «À ce moment-là, les échanges avec les Européens étaient commencés.» Des objets comme la hache de pierre ou la flèche ont alors vite été abandonnés au profit de la hache de métal et du fusil. Il est donc peu probable que ces outils de pierre taillée qu’on a retrouvés datent du 18e siècle.
«Il y a possiblement eu contamination», croit le chargé de cours. Des éléments de carbone plus récents peuvent avoir brouillé les cartes. «On va faire redater le nouveau foyer, a indiqué ce dernier. Une date entre l’an 1000 et l’an 1500, ça aurait de l’allure», estime ce dernier.Ceux qui veulent jeter un coup d’oeil sur le travail des étudiants en archéologie doivent se rendre à l’accueil des Marais du Nord, sur le chemin de la Grande-Ligne, près de Lac-Delage. De là sera indiqué le trajet pour se rendre sur le lieu des fouilles, une marche d’environ 40 minutes en plein bois, sur les magnifiques sentiers aménagés par l’APEL. Les fouilles sont effectuées chaque jour de semaine de 9h à 16h. Après le 7 août, les curieux pourront en savoir plus sur le travail des archéologues en participant à l’Archéodimanche, le 16 août. À partir de 13h, une visite guidée sera faite par les étudiants ayant travaillé sur le site.