S’inspirer d’ailleurs pour mieux protéger notre eau potable

Château d'eau, l'équipe de l'APEL avec le représentant de la Ville de Munich

Château d’eau, l’équipe de l’APEL avec le représentant de la Ville de Munich (à gauche)

Une délégation de l’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL), l’organisme chargé d’étudier et de surveiller l’état de santé du bassin versant de la rivière Saint-Charles, revient tout juste d’un séjour scientifique à Munich pour y découvrir les systèmes d’approvisionnement en eau potable, si souvent cités en exemple. Là-bas, l’eau brute est prélevée dans trois nappes souterraines et aucun traitement en usine n’a besoin d’être réalisé avant la distribution vers le robinet des citoyens. La chloration n’y est prévue qu’en cas d’intempéries majeures ou d’inondations.

Comme chez nous, la quantité des ressources en eau potable ne semble donc pas représenter un enjeu majeur. Or, malgré ce sentiment de « sécurité hydrique », la population paie de bon gré l’entreprise publique de services Stadtwerke München (SWM) pour l’eau consommée. Les revenus permettent non seulement à la SWM de couvrir ses coûts de fonctionnement (la distribution de l’eau potable coûte près de cinq fois plus cher en Allemagne qu’au Québec), mais, surtout, de soutenir un ambitieux programme de protection à la source qui permet d’assurer une gestion réfléchie des activités humaines dans les bassins versants des nappes d’eau souterraine.

Réservoir d'eau potable de la Ville de Munich

Réservoir d’eau potable de la Ville de Munich

En fait, la Ville de Munich a fait le choix d’investir dans la protection de ses sources plutôt que de dépenser pour faire fonctionner (et devoir constamment améliorer) des installations de traitement de l’eau potable. Concrètement, le programme de protection mis en place par la SWM prévoit notamment des compensations financières pour que les exploitations agricoles situées dans les zones d’influence des sources d’eau se convertissent à l’agriculture biologique. Depuis 1992, ce sont près de 80 % des agriculteurs qui ont répondu favorablement à cette proposition, permettant ainsi de limiter l’apport d’engrais chimiques et de pesticides vers les eaux souterraines. De même, la coupe forestière sur le territoire est encadrée par des normes particulières qui visent à reconstituer une forêt naturelle pouvant jouer un rôle positif dans le cycle de l’eau et résister aux effets des changements climatiques, tout en restant exploitable commercialement. L’entretien sans pesticides des forêts est compensé par l’autorisation d’exploiter annuellement 30 000 m3 de bois. Le programme a également permis d’éliminer les installations septiques en finançant le raccordement aux réseaux d’égout, ou encore l’installation de fosses à rétention totale et de systèmes de valorisation des fumiers pour les résidences trop éloignées.

Ainsi, les bassins versants des trois nappes souterraines qui alimentent la ville de Munich en eau potable font l’objet d’une règlementation sévère et appliquée qui permet d’encadrer les activités humaines selon la vulnérabilité des zones. De plus, le périmètre de protection des bassins versants est continuellement élargi pour assurer une meilleure gestion des risques.

À Québec, le lac Saint-Charles est le principal réservoir d’eau potable de la ville. Pourtant, il est en voie d’eutrophisation (vieillissement), et ce, à une vitesse inquiétante. On remarque effectivement depuis quelques années que le processus d’enrichissement du lac en éléments nutritifs, notamment l’azote et le phosphore, se fait de façon accélérée à cause des activités humaines qui ont lieu dans son bassin versant.

Lors de la visite des systèmes d’approvisionnement en eau potable de Munich, l’élément qui a le plus frappé l’équipe de l’APEL est probablement la très grande valeur économique et socioculturelle que les Allemands accordent à l’eau potable et aux écosystèmes aquatiques. Un bon exemple pour illustrer ce propos est la norme que la SWM s’est fixée pour le taux de fuites dans son réseau de distribution. À 0,5 %, on est bien loin du taux de Québec, qui se situe actuellement aux alentours de 25 %.

Interprétations artisitiques des installations de captage

Les installations de captage sont bien interprétés, notamment par des œuvres d’art

Mais qu’est-ce qui explique ces différences de perception par rapport à l’eau? Est-ce le fait de devoir payer le juste coût de l’eau (potable et usée)? Est-ce à cause de l’obligation de visiter les installations de captage d’eau dès l’école primaire? Est-ce parce que l’éducation et la sensibilisation sont au cœur des activités de la SWM? Est-ce que c’est une valeur culturelle intrinsèque aux Allemands? La question demeure entière, mais une chose est certaine, s’inspirer d’ailleurs est un excellent moyen d’innover chez nous!

Alors que la Ville de Québec déposera le 22 novembre prochain son plan d’action pour la protection de ses sources d’eau potable, on ne peut que souhaiter y retrouver des initiatives aussi audacieuses que celles mises en place à Munich!

Une collaboration internationale pour faire progresser la protection de l’eau potable

Depuis 2010, l’APEL collabore avec l’Université Ludwig-Maximilians de Munich, en Allemagne, dans le domaine de la gouvernance de l’eau et de la protection de la qualité des sources d’approvisionnement.

Dans le cadre de cette collaboration axée sur le partage de connaissances et d’expertise, l’APEL accueille tous les deux ans un groupe d’étudiants du professeur Ralf Ludwig, doyen du Département de géographie, pour une visite guidée du haut-bassin versant de la rivière Saint-Charles. Du point de vue allemand, il est toujours étonnant de constater l’ampleur de la contribution d’un organisme à but non lucratif comme l’APEL dans la gestion régionale de l’eau. Là-bas, le suivi de la qualité des sources d’eau, la détection des contaminations, la formulation de recommandations et la sensibilisation du public sont entièrement pris en charge par la Ville, l’État et, dans le cas de Munich, la SWM.

L’Université Ludwig-Maximilians est également l’établissement que Sonja Behmel, chargée de projets à l’APEL et doctorante à la Chaire de recherche en eau potable de l’Université Laval, a choisi pour la réalisation de sa thèse de doctorat en codirection. C’est dans le contexte d’un stage doctoral que madame Behmel effectue présentement là-bas que l’équipe de l’APEL accompagnée de deux membres d’AirMet Science (une entreprise partenaire) a eu le privilège de se rendre à Munich pour la visite des bassins versants des prises d’eau. Accompagné du professeur Ludwig, le groupe de scientifiques a pu parcourir le territoire des bassins versants des prises d’eau, visiter les installations de prélèvement et de distribution d’eau, rencontrer le personnel technique et professionnel de la SWM et bénéficier d’explications approfondies sur les modalités de la protection des sources.